Mon Blog Généraliste

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mardi 24 avril 2012

Je préfère la campagne

Cela faisait maintenant cinq ans que l'on attendait les élections présidentielles de 2012. Non pas que le quiquennat qui vient de s'écouler n'ait laissé aucune trace, bien au contraire. Mais les diverses catastrophes qui ont rythmé cette période ont instauré une inquiétude générale quant à l'après 2012 : ce sera quitte ou double.

Que penser du premier tour qui s'est clos dimanche dernier ? Analysons ensemble les dix candidats, en toute objectivité : la part de subjectivité dans mon jugement n'excèdera pas 50,00%, je vous le promets.

Nathalie Arthaud

Candidate représentant Lutte Ouvrière. Ce n'est certainement pas sa lutte finale, car malgré son bien faible score (202561 voix), celui-ci était prévisible et il ne remet pas en cause le rôle de leur parti dans le paysage politique : dénoncer les aberrations et les injustices du monde capitaliste.

François Bayrou

Candidat du Mouvement Démocrate. Il faut avouer que le soufflé est retombé depuis les élections de 2007. Ce candidat pronait l'austérité pour réduire la dette. Malgré son affiche de campagne à la Richard Geere, on peut imaginer que les électeurs attendaient des mesures plus marquantes en direction d'une amélioration du niveau de vie des français. Un flop.

Jacques Cheminade

Candidat à l'étiquette Solidarité et Progrès. Une des surprises d'un candidat qui l'était déjà en 1995 et qui affirmait avoir prévu la crise financière. Etait-il vraiment le seul ? Toujours est-il qu'il a amusé les journaux avec son programme de conquête spatiale. Il est tout de même regrettable que l'ensemble des médias ne lui aient pas laissé sa chance, en le catégorisant par avance de candidat farfelu. Un bon nombre de mesures de son programme (notamment en direction des banques, comme instaurer une séparation stricte entre banques de dépôt, banques d’affaires et sociétés d’assurance) étaient somme toute des classiques de la gauche. L'autre thématique phare du programme Cheminade concernant la colonisation de Mars était certes originale, mais elle aurait pu être débattue un minimum au lieu d'être publiquement raillée sans concession. Après tout, la conquête de la Lune était un enjeu politique majeur des grandes puissances mondiales dans la deuxième partie du XXème siècle. De plus, la logique de conquérir de nouveaux espaces est assez naturelle, à l'heure où l'on se plaint d'épuiser toutes les ressources énergétiques de la Terre.

Nicolas Dupont-aignan

Seulement 1,79% des voix ont crié avec lui Debout la République. Cet espèce d'ersatz rajeuni du traditionnaliste De Villiers n'aura pas fait long feu, d'autant que les médias ne lui ont laissé aucune chance. C'est le problème d'un candidat à la fois nul et antipathique.

François Hollande

Le grand gagnant du premier tour, avec 10 273 480 voix, redonne du sérieux au Parti Socialiste. Après deux présidentielles consécutivement ratées, le PS n'avait plus le droit à l'erreur. En cassant l'image d'un parti sans unité, évitant soigneusement Strauss-Kahn et ses histoires de fesses, le PS a envoyé dans la campagne un candidat qui a su incarner l'anti sarkozysme avec une image de calme, sérieux et stabilité, tout en proposant un programme de gauche pas trop à gauche, pas trop à droite non plus, qui devrait rassurer les français.

Eva Joly

Un bien piètre score pour la candidate des Verts, seulement 828381 bulletins en son nom. Son score est toutefois supérieur à celui de Voynet en 2007. Les écologistes déploreront le manque de visiblité de sa campagne, et par corollaire des enjeux écologiques dans le débat politique de cette campagne. On peut penser que son électorat était principalement constitué de puristes qui ont voté par idéologie, tout en connaissant d'avance le sérieux et la valeur de cette personne. Il semblerait également que l'élection présidentielle ne soit pas un but majeur de ce mouvement qui a su par ailleurs briller récemment aux élections européennes, d'autant qu'un accord avec le PS a été passé pour les législatives. On appréciera cependant le flow d'Eva Joly dans son clip de campagne, véritable leçon de slam de la part de quelqu'un qui aura été raillée pendant des mois pour sa prononciation et son accent hésitant.

Marine Le Pen

Avec 17,90%, la candidate du Front National rassemble une proportion non négligeable de votants. En comparaison avec le score du Père + Mégret en 2002, on reste dans un même ordre de grandeur du vote contestataire anti immigration. Le racisme n'est pas une nouveauté. Le grand danger est qu'il se popularise de toute part du bord droit de la politique : d'un côté, le camp Le Pen a réussi à se forger une image plus souple que celle qui était véhiculée par Jean-Marie Le Pen qui assumait complètement son antisémitisme et son rejet des arabes ; de l'autre côté, le clan UMP a banalisé le racisme ordinaire pendant tout le quinquennat de Sarkozy, dont on distinguera quelques épisodes marquants : le ministère de l'identité nationale et de l'immigration, scellant de fait une opposition entre les vrais français et ceux qui viennent d'ailleurs ; la traque des Roms, digne d'un Berlusconi ; la stigmatisation des musulmans, en portant en faux débats quelques symboles comme le voile ou la viande hallal, qui n'en finiront pas d'alimenter les discussions de comptoir.

Jean-Luc Mélenchon

Grosse déception pour le Front de Gauche qui ne totalisera au final que 3 985 089 voix. S'il n'a pas réussi son pari de battre Le Pen au score, Mélenchon peut néanmoins se féliciter d'avoir fait renaître de ses cendes un parti de gauche plus radical que le parti socialiste, proposant un programme structuré et réfléchi, offrant plus que des mesures symboliques de contestation que l'on retrouve typiquement dans des programmes d'extrême gauche. La campagne fut rondement menée. Après avoir tapé sur le PS pour se donner une légitimité, le FdG a su rapidement adopter une stratégie pour éviter le cannibalisme des votes de gauche en se positionnant frontalement contre le FN. Mélenchon a donné une leçon de campagne politique a tous ses camarades. Ses talents d'orateur nous ont rappelé un temps où un discours pouvait faire vibrer les foules, grand rassembleur à la Concorde ou encore sur la place du Capitole, tout en sachant utiliser de nouvelles techniques de communication (son compte Facebook était le plus suivi de la campagne). Espérons que le courage de ses idées saura trouver une continuité après les élections.

Philippe Poutou

Avec 411 182 voix, c'est le troisième homme en partant de la fin. Digne successeur d'Olivier Besancenot pour représenter le Nouveau Parti Anticapitaliste, cet ouvrier de Ford aura marqué la campagne sur le tard, grâce à un franc parler et une bonne sympathie de la part d'un candidat qui avoue qu'il ne se sent pas trop à sa place dans ce monde de politiciens. S'il a perdu le côté "jesuisboboetjevoteraipourlefacteurparcequilincarneleservicepublic" avec une bouille qui séduira peut-être moins que les bonnes joues de Besancenot, il aura eu le mérite de proposer des clips de campagne plutôt drôles et pour le moins originaux, avec cette parodie de Question pour un champion, ou encore d'un film muet qui n'est pas sans rappeler le récent succès de The Artist.

Nicolas Sarkozy

Le candidat UMP sortant ne totalise que 27,18 % des suffrages et perd ainsi le pari d'arriver en tête, ce qui est une défaite historique de la part d'un président-candidat. Il faut dire que son bilan l'accable et que malgré son applomb légendaire, il est difficile de nier que la vie des français les moins riches s'est dégradée. Rappelons que les 10% les plus riches, possèdent 48% de la fortune nationale. On peut donc penser qu'il y a très approximativement 17,18 % de français qui votent contre leurs intérêts personnels à l'insu de leur plein gré. S'il veut gagner (mais on en doute, si on interprète de façon raisonnable son "Merci d'avoir été là" de dimanche soir), il devra continuer sa campagne d'extrêmisation. C'est un jeu très dangereux pour nous, pauvres résidents de France. Si NS continue de banaliser les idées nauséabondes d'extrême droite, il prend le risque, en cas de victoire, d'officialiser et faire perdurer le racisme pendant encore 5 ans grand minimum. En cas de défaite, il est possible que l'UMP explose et que le FN se positionne en conséquence comme un "vrai" parti de droite. Ce serait non seulement la honte vis à vis des pays voisins (souvenez-vous de ce que l'on pensait de l'Autriche quand son gouvernement est passé l'extrême droite, ou encore quand la Suisse voulait interdire les minarets), mais aussi le désagréable sentiment pour chacun de vivre dans un pays de gros fachos.


Conclusion

Visiblement, la gauche a repris de l'importance pendant ce scrutin, ce qui tendrait à montrer que les électeurs ne sont pas totalement dupes à propos de la politique de droite de Sarkozy : bouclier fiscal pour les plus riches, appauvrissement de hôpitaux publics, liquidation de l'Education Nationale, ce n'est pas la fatalité de la crise, c'est le choix de favoriser les plus aisés sous prétextes que c'est grâce à eux que l'économie fonctionne. C'est oublier qu'ils sont aussi responsables d'un système financier libéral qui vient de démontrer publiquement ses limites (sous le nom communément emprunté de la Crise) et prend les Etats en otage par leurs dettes : non contents d'avoir été renflouées de quelques centaines de milliards de dollars par les Etats à des taux d'emprunt proches de zéro, les banques font mine de découvrir que la dette des Etats (résultant des emprunts des Etats vers les banques privées à des taux élevés) est responsable de la crise et que leur solvabilité garantira la stabilité du système.

Or celui-ci manque de règles pour contenir les abus. Il est risible de constater que certains se convaincront qu'il faut, pour améliorer le sort de tout un chacun, lutter contre la fraude fiscale du voisin qui touche le RSA alors qu'il travaille 10h mensuelles non déclarées, tandis que des poignées de personnes empochent individuellement des dizaines de millions d'euros sur de simples mouvements d'argent. La tactique de l'UMP est simple : diviser pour mieux régner. Exacerber le communautarisme tout en évitant soigneusement de médiatiser le fonctionnement des banques qui en profitent tout en jouant sur leur nécessité dans la société. La réponse du centre à la crise ? Se plier au système et demander aux travailleurs non responsables d'éponger la dette avec leurs petites mains. La réponse du PS ? Quelques mesures de contrôle vers le système bancaire (séparation des activités, quelques interdictions ciblées sur les paradis fiscaux par exemples), un peu de rigueur sans trop toucher aux services publics, quelques plans de relance pour stimuler l'emploi chez les jeunes. La réponse du Front de Gauche ? Un rééquilibrage en profondeur du partage des richesses en taxant les revenus du capital et de la finance, lissant l’impôt sur le revenu, supprimant les niches fiscales, limitant les écarts de salaire dans une même entreprise à un facteur 20... tout en misant sur le poids de la France pour que ces nouvelles règles aient un impact dans les autres pays.

Le 6 mai prochain, quoiqu'il arrive, on basculera. Mais de quel côté ?

dimanche 4 décembre 2011

Courge farcie aux ravioles

D'aucuns diront qu'en hiver, il n'y a rien à manger. Voici une recette testée ce midi. Merci à Alice du 38 pour l'inspiration directe (la recette originale devait se faire avec un pâtisson).

Résumé des ingrédients, pour 4 personnes : une courge de 4kg, 400g de lard fumé, 5 plaques de ravioles, crème fraiche, assaisonnement classique.

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jeudi 8 septembre 2011

Go(d)ogle

Je me souviens d'un temps que mes élèves de moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. L'ordinateur en ce temps là n'était qu'un tas de ferraille posé sous nos fenêtres. L'outil informatique, connecté à une seule prise (d'alimentation), ne permettait guère plus que de réaliser des pages de garde avec de magnifiques effets WordArt, écrire des petits algorithmes pour les plus curieux, ou encore servir de chauffage d'appoint pour les fortunés les plus frileux (ou l'inverse).

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lundi 21 février 2011

Article censuré

Alors que je gambadais gaiement sur l'internet, insouciant et épris de liberté, je suis tombé soudainement sur une chose dont je n'imaginais pas l'existence : la censure.

Plus précisément, la censure sur internet. A part dans certains pays dont l'aspect démocratique laisse encore à désirer, internet me paraissait jusqu'à maintenant être un champ de liberté sans précédent. Nonobstant la modération des commentaires des internautes qui se permettent parfois beaucoup de choses sous le couvert de l'anonymat, internet reste pour moi le symbole de la liberté de communication, avec toutes les dérives qu'il peut y avoir quand on laisse tout le monde parler... même les cons.

Il existe un sous ensemble non négligeable de l'internet qui est soumis à la censure : c'est facebook. Ceci me parait d'autant plus grave que facebook est en train de prendre une portée universelle dans le monde de l'internet. Il incarne l'identité virtuelle d'un grand nombre de personnes et est aussi le prisme à travers l'on navigue sur internet : plutôt que de surfer de page web en page web à travers les liens hypertextes de ceux-ci, on oriente souvent nos lectures par rapport à ce que nos contacts mettent en valeur grâce à l'outil de partage, ou encore le bouton "like" qui se trouve maintenant sur tous les sites internet ouverts au public.

L'existence de cette censure m'est doublement apparue en tombant sur cette page : c'est une jeune femme qui explique comment son compte facebook a été suspendu après qu'elle y a posté des photos de nu artistique. Cela rappelle l'histoire de certaines femmes qui souhaitaient exhiber leur bébé tétant leur sein via des photos postées sur leur profil : elles se sont vues sévèrement réprimander. Non pas que j'approuve cette pratique totalement impudique, mais dans ces deux cas la censure me parait injustifiée.

Bien sûr, je ne suis pas contre la censure, celle qui fait que même sur internet l'on respecte les lois, tout du moins les règles universelles que tous les pays du monde s'accordent à partager. Sur internet, il me parait donc normal que des instances supérieures contrôlent ce qui aurait pour trait à l'incitation au meurtre, l'exhibition sexuelle ou encore l'apologie de certaines atrocités. Dans l'exemple sus-cité, il me semble que l'on est loin de tout ça... notamment de penser que facebook soit une instance supérieure capable de statuer.

Les lecteurs qui font partie de mes contacts auront remarqué que j'aime partager les articles que je trouve intéressants. Quelle ne fut pas ma surprise quand j'ai vu que cette action était impossible en ce qui concerne l'article dont je viens de parler. J'ai eu beau essayer de changer le titre de l'article que voulais partager, enlever le mot facebook, le mot nu, impossible de partager ce lien, sans aucune autre explication que "The message could not be posted to this Wall."

Au vu des origines de la société, on peut presque sourire de voir qu'elle incarne pleinement le puritanisme risible et incohérent des Etats-Unis, pays où le mot "fuck" est remplacé par un bip dans des clips très très explicites. En revanche, il me parait beaucoup plus grave de voir que facebook se permet de bloquer les liens qui ne lui plaisent pas, même via la messagerie privée. C'est Sarkozy qui doit être jaloux devant une force de censure aussi efficace...

Dommage, quand on voit que par ailleurs facebook a été un des vecteurs des révolutions arabes qui se sont déroulées dernièrement. Mais que ce serait-il passé si Zuckerberg avait été un ami du président égyptien ?

jeudi 23 décembre 2010

C'est un grand classique

Il y a une dénomination qui me fait souvent bondir : celle de la "musique classique". En particulier quand cette formule se trouve dans la phrase "j’aime pas la musique classique".

Loin de moi l’envie que le monde entier partage mes goûts musicaux (certes exemplaires, mais le sujet n’est pas là). Encore faut-il savoir de quoi l’on parle et de ce que l’on n'aime pas.

En général, le "classique" est un courant artistique désignant la grande période précédant le courant romantique. En littérature, elle concerne le XVIIe siècle. En musique, on la fait commencer plus tard, après la mort de J.S. Bach (1685-1750) et se terminer dans la première moitié du XIXe siècle (autour de 1820), période pendant laquelle notamment le pianoforte va remplacer le vieillissant clavecin qui ne permettait pas de faire des nuances (piano, forte...). La transition s’opérera avec Beethoven. A la période classique on associera donc Haydn, les fils Bach, et bien sûr Mozart, tandis qu’avec le mouvement romantique on pensera plutôt aux cheveux longs de Chopin, Mendelssohn, Brahms, Wagner, Tchaïkovski, Debussy...

Il faut avouer qu’en pratique, on met bien plus de choses que cela dans le sac de la musique classique. J’oserais même dire qu'un grand nombre de personnes mettrait Rameau et Prokofiev dans le même panier. Qu’est-ce qui lie ces compositeurs complètement différents (on le constatera en cliquant sur les liens) sous une grande dénomination de musique classique, et qu’est-ce qui les oppose à la musique dite non classique ?

Je crois qu’on associe souvent la musique classique à une musique savante, par opposition à la musique populaire qui ne nécessite pas de longues études pour être pratiquée, comme la variété, la pop, la musique tzigane... Pourtant, c’est tout un métier de faire une bonne chanson, même pop. Comme dans tous les domaines, la qualité s'obtient souvent par le travail. Je trouve donc cette hiérarchisation de la musique selon son intellectualité peu pertinente. Dans quelle catégorie met-on la musique électronique particulièrement travaillée d'Emilie Simon ?

Faut-il dissocier la musique acoustique des autres ? Il est vrai qu’avant une certaine époque, la musique n’était pas amplifiée. Est-ce que la musique classique c’est la vieille musique, celle du temps que les moins de quatre-vingts ans ne peuvent pas connaitre (ou du moins avoir connu en vrai) ? Alors que dire des compositeurs récents comme Pierre Boulez et sa musique dodécaphonique, John Cage et ses pianos préparés... ou encore les Bandes Originales de cinéma ? Est-ce que la musique d’Harry Potter ou de Batman c’est de la musique classique ? Est-ce que le style est singulièrement différent d’une symphonie de Dvorak ?

Finalement, ne pas aimer la musique classique est une question compliquée... et un vrai engagement contre la musique en général, dans le sens où la musique populaire actuelle est on ne peut plus classique. En effet, le langage musical utilisé (par exemple dans la variété, mais aussi dans tout le pop rock, r’n’b...) est celui qui a été élaboré au début de la période baroque ; il utilise un langage tonal des plus traditionnels. Les enchaînements d’accords utilisés par les groupes de rock du XXIe siècle respectent scrupuleusement les règles d’harmonies des vieux traités du XVIIIe... Musicalement, on trouve des choses bien plus funkies, drôles et osées chez Prokofiev ou Chostakovitch que chez U2 !

En fait, la musique classique est partout, ce qui est loin de contredire le sens du terme : ce qui est classique se veut être une référence pour un maximum de personnes, prêt à être copié et réutilisé. Et c’est bien ce qu’il se passe en musique, pour laquelle l’innovation passe toujours aussi par la copie (les esprits négatifs parleront de plagiat). Mozart, qui a largement pompé sur Haydn dans toute son Å“uvre, n’en reste pas moins un grand artiste. La musique d’aujourd’hui reste tout autant imprégnée de l'Å“uvre très classique de ses prédécesseurs.

Gainsbourg[1] n’a pas hésité à reprendre de nombreux thèmes romantiques : la chanson Jane B n’est qu’un prélude de Chopin sur lequel il a mis des paroles ; Lemon Incest vient en grande partie d’une étude de Chopin également ; la chanson de Birkin Baby Alone in Babylone n’est autre que le troisième mouvement d’une symphonie de Brahms ; le Requiem pour un Con reprend (après une légère modification de rythme et de tonalité) le 4ème mouvement de la symphonie du nouveau monde de Dvorak.

L'homme à la tête de chou n’était pas du tout le seul à se livrer à ce genre de pratique ! La célèbre sonnerie Nokia n’est rien d’autre qu’une phrase d’une jolie composition pour guitare classique (Gran Vals) de Tarrega datant de 1902. De même, la sonnerie Badinerie est le dernier mouvement de la deuxième suite orchestrale de Bach.

Connaissez-vous la chanson Could it be Magic ? Vous en trouverez au moins deux versions sur youtube (dont une interprétée par Donna Summer, au milieu de laquelle elle semblerait avoir un orgasme). Eh bien elle a aussi été francisée sous le titre Le temps qui court par Alain Chamfort, puis popularisée par le boys band Alliage (admirez le style !) puis même les Enfoirés. Figurez-vous que cette musique vient directement d'un prélude de Chopin (qu’on peut reconnaitre au piano au début de la version Chamfort). Dingue non ?

La chanteuse de R’n’b Nâdiya a usé du même procédé dans sa chanson Amies ennemies avec une valse de Chopin (encore lui !!). Je vous passe les reprises jazz des symphonies de Mozart, de la marche Turque... et les musiques classiques reprises au cinéma (pensez par exemple au concerto pour violon de Mendelsshon à la fin des Visiteurs).

Comme dirait la fille du borgne, notre paysage musical vit une véritable Occupation par la musique classique qui n'ose pas dire son nom. Ne nous en privons pas... pour qui cherche un peu, il y en a vraiment pour tous les goûts !

Notes

[1] Tout sur les reprises "classiques" de Gainsbourg ici

samedi 4 décembre 2010

L'argent, quel bonheur

Tout le monde, aujourd'hui, a entendu parlé de "l'appel" d'Eric Cantona à retirer son argent des banques le 7 décembre prochain afin de faire une révolution douce.

En supposant que nos gouvernants, à l'aide des médias et s'il le faut des CRS, s'assureront que ce retrait de dépots en masse ne survienne pas, contentons-nous de répondre à l'appel à la réflexion[1] de ce brave ancien footballeur. Pourquoi les banques ? Sont-elles méchantes à ce point qu'elles mériteraient qu'on les pousse à leur perte ?

Il semblerait bien que oui. En cette fin 2010, nous arrivons progressivement à une prise de conscience de toute l'injustice portée et énergisée par le système financier actuel. Ceux qui produisent de la richesse (les gens qui travaillent vraiment, c'est-à-dire transformant une quantité de temps en un service rendu) sont aussi ceux (en grande part) qui souffrent du manque d'argent chronique construit sur le système d'emprunt et d'intérêts organisé par les banques privées. Que font ces banques ? Non contentes de gagner de l'argent (via les intérêts) sur le prêt d'argent qu'elles ne possèdent pas, elles s'octroient petit à petit le droit d'en prélever au consommateur pour un oui ou pour un non (il nous en coutera désormais la modique somme de 10€ environ pour instaurer une autorisation de prélèvement automatique par exemple). Ajoutons à cela les honteux crédits à la consommation, touchant les plus démunis qui, pour financer disons 50€ nourriture pour vivre une semaine, s'engage à en rendre le double dans un futur proche et, a priori, pas meilleur.

Mais la finance, c'est aussi un gigantesque jeu d'initiés consistant à effectuer des transferts d'argent ; selon les circonstances pendant lesquelles ont lieu ces échanges, par le prisme de certaines règles habilement édictées par les joueurs eux-mêmes, les acteurs en captent une grande partie pour se remplir directement les poches. Ceci est un raccourci raisonnable puisque 99% des placements n'ont pas, ou en tout cas n'ont plus la vocation à être investis dans un travail concret. Il n'y a qu'à voir la vitesse à laquelle se font les transactions boursières aujourd'hui : quelques microsecondes avec ce qu'on appelle le "trading haute fréquence". Un investissement de cette durée ne vous laissera pas beaucoup de temps pour développer votre start-up...

Non seulement les banques privées se sont octroyées le droit de regard sur toute la richesse mondiale, mais en plus elles ont construit un système qui leur permet d'accroitre leur propre richesse. Or la richesse est relative, et elle génère immédiatement un appauvrissement de toute cette population qui n'appartient pas à ce système. Il y a donc d'une part les gens qui travaillent (ceux qui contractent des emprunts, font monter certains cours boursiers), et d'autre part ceux qui en profitent (ceux qui récoltent les intérêts). La dernière réforme (tant décriée !) des retraites en France a poussé ce cynisme encore plus loin, en poussant les actifs (pour qui le système officiel ne suffira plus, puisque travaillant en moyenne jusqu'à 59 ans ils devront se rajouter des années de pénalité pour leur retraite) à cotiser dans le privé, donc à continuer d'alimenter la machine infernale. [2]

La gestion de l'argent ne devrait pas revenir aux banques privées : c'est une affaire d'Etat. Aujourd'hui, la démocratie n'a plus aucun sens : les personnes élues pour accomplir cette mission d'organiser une société juste n'ont de pouvoir que de subir les règles imposées par le système financier constitué de banques privées qui elles seules contrôlent l'argent. Pensons à nos impôts qui servent à rembourser les emprunts de l'Etat. Pourquoi ne crée-t-il pas lui-même de l'argent, comme le font les banques ? Il serait investi directement dans de véritables richesses (infrastructures, éducation...). Rendons la responsabilité de sa monnaie à l'Etat : l'obtention d'argent doit être un service public, et en particulier égalitaire. Car aujourd'hui, ce sont des établissements à but parfaitement lucratif qui ont le pouvoir et le droit de décider si vous pourrez emprunter de l'argent pour construire une maison (droit universel) ou encore investir dans une nouvelle entreprise (création potentielle de richesse). [3]

Il y a bien des moyens de se libérer de cette tyrannie de la finance qui agit depuis quelques dizaines d'années. Demander à ce que les banques redeviennent des banques de dépôts et de crédit à l’économie réelle, interdire les paris sur les fluctuations de prix [4]... voilà ce que nous pouvons essayer de faire en votant pour les bonnes personnes. Ensuite, nous pouvons aussi retirer notre argent des banques commerciales (pas forcément le 7 décembre) pour les confier à des banques solidaires (il parait que ça existe !). Puis continuer de décrier ce système qui, bien qu'ayant démontré ses graves défauts pendant ce qu'on a appelé la "crise financière", continue d'exister dans sa plus stricte absurdité...

Deux citations pour terminer mon propos :

« Je suis un homme très malheureux. J'ai ruiné mon pays sans le vouloir. Une grande nation industrialisée est contrôlée par son système de crédit. Notre système de crédit est concentré. La croissance de notre nation et toutes nos activités sont donc entre les mains de quelques hommes. Nous sommes devenus l'un des gouvernements les plus mal gérés, l'un des plus dominés et des plus contrôlés du monde civilisé. Ce n'est plus un gouvernement de libre opinion, ni un gouvernement de conviction avec vote de la majorité, mais un gouvernement d'opinion et de contrainte d'un petit groupe d'hommes dominants. »

(Woodrow Wilson, Président des Etats-Unis d'Amérique)

«Le gouvernement, possédant le pouvoir de créer et d’émettre la monnaie et le crédit en tant qu’argent, et bénéficiant du droit de retirer l’argent et le crédit de la circulation par les taxes ou autre moyen, n’a pas besoin, et ne devrait jamais emprunter de l’argent à intérêt comme moyen de financer les travaux gouvernementaux et les entreprises publiques… Le privilège de créer et émettre l’argent est non seulement la prérogative suprême du gouvernement, mais aussi sa plus grande opportunité créative.»

(Abraham Lincoln, Président des Etats-Unis d'Amérique, mort assassiné)

Notes

[1] http://blog.mondediplo.net/2010-12-02-Ne-pas-detruire-les-banques-les-saisir

[2] http://blog.mondediplo.net/2010-10-23-Le-point-de-fusion-des-retraites

[3] L'argent dette : 7 vidéos pour comprendre

[4] http://www.pauljorion.com/blog/?p=19015

mardi 30 novembre 2010

Tous différents donc tous égaux

J'inaugure cette rubrique par deux articles du Monde certes peu ancrés dans l'actualité (très tournée sur la très intéressante neige en hiver cette semaine), mais dont le sujet suscite toujours des débats : le mariage homosexuel.

http://www.lemonde.fr/societe/article/2010/11/16/mariage-homosexuel-la-cour-de-cassation-saisit-le-conseil-constitutionnel_1441025_3224.html#ens_id=1441029

http://www.lemonde.fr/europe/article/2010/11/30/des-progres-restent-a-accomplir-pour-les-minorites-sexuelles-dans-l-ue_1447029_3214.html

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lundi 11 octobre 2010

Liberté, Sexualité, Fidélité

La fidélité dans les livres

En mathématiques, l'action d'un groupe sur un ensemble est dite fidèle si l'intersection de ses stabilisateurs est réduit à l'élément neutre du groupe. Cela revient à dire que l'élément neutre est le seul élément du groupe à fixer tous les points.

[1]

Dans la vie, la définition est un peu plus floue. Pourtant, elle est largement utilisée dans la vie de tous les jours. On peut être fidèle à ses amis, à ses idées, à soi-même, ou encore à son/sa petit(e) ami(e). Par exemple, si vous vous mariez, le maire vous demandera de promettre fidélité à votre futur(e) conjoint(e). Mais qu'est ce que ça veut dire ? La fidélité envers ses amis est une forme de lien permanent qui fait qu'on sait rester présent en toute circonstances, pas seulement pour faire la fête. Une sorte d'engagement moral qui vaut sûrement preuve d'amitié. On dit souvent qu'un ami, c'est quelqu'un sur qui l'on peut compter à tout moment. En ce qui concerne la fidélité à une idée, à un choix de vie, l'idée de durée vaut de la même façon. Etre fidèle à ses convictions, c'est ne pas renier ce que l'on a pensé auparavant et continuer dans la même direction. Par exemple, celui qui troquera sa carte PS contre une carte UMP se caractérisera par une infidélité certaine envers ses choix politiques, et peut être aussi les amis de son parti auxquels il aura automatiquement tourné le dos.

A l'épreuve du réel

Mais franchement, quand on demande à quelqu'un s'il est fidèle, à quoi pense-t-on ? Au sexe, bien sûr. Est-il fidèle ? Est-elle infidèle ? Sous cette formulation, la question devient limpide : est-ce qu'il ou elle a couché avec un(e) autre ? Dès lors, il est difficile de tourner autour du pot et d'invoquer la multiplicité des points de vue avant de répondre à la question.
- "Tu es fidèle ?"
- "Heu... ben... je sais pas... qu'est ce que tu entends par là ma chérie ?"
- "QUOI ??? (CHCLAC) Je veux plus J A M A I S te revoir !!!"

Inutile de nier : dans tous les films, c'est la même chose, avec plus ou moins de succès pour celui ou celle qui a eu le malheur d'aller voir ailleurs. Ce genre de scène finit souvent par une rupture immédiate : l'infidélité ne se pardonne guère.

Il semblerait donc que la fidélité conjugale se résume, de fait, à une fidélité sexuelle. Pourquoi cet amalgame ? Il y a-t-il lieu à confondre sexe et relation amoureuse ? A priori non. En amour, il y a aussi la complicité, l'engagement dans des projets, et une force des sentiments qui sort du lot. Concernant ces différents fondements de l'amour, je ne vois pas auquel un manquement ponctuel saurait occasionner une réaction aussi violente que la révélation d'une infidélité au sens où nous l'avons considéré jusqu'à présent.

C'est ici que je vois apparaître une contradiction. Autant une relation essentiellement basée sur le sexe ne saurait être qualifiée de relation amoureuse, autant une entorse à ce principe d'exclusivité parait la remettre en cause totalement.

Doit-on revoir la définition de la fidélité ou bien notre comportement vis-à-vis de cela ? Peut-être que les deux vont ensemble. Commençons par le vocabulaire et confrontons-le à la réalité. Un couple fidèle, ce serait donc un couple qui réserve les pratiques sexuelles de ses membres à lui-même.

Nous pouvons reprendre l'analogie mathématique avec le vocabulaire des actions de groupe sur un ensemble : un couple, c'est un peu comme un stabilisateur : un sous-groupe de n personnes (on va dire que n=2 pour coller à l'histoire du couple) qui se fixe sur un point de l'ensemble (on va dire un ensemble de lits). Être libre, c'est ne pas avoir deux personnes provenant de deux couples différents qui stabilisent le même point (le même lit) : comme je le disais au début, l'intersection de deux couples est vide : il n'existe pas de lit sur lequel deux personnes de deux couples différents peuvent se fixer.

Ok. Les définitions collent remarquablement bien. Parlons maintenant de liberté, avant de comparer ces deux notions. Par définition, une action libre signifie que les stabilisateurs sont réduits à l'élément neutre. Personne (sauf le neutre) ne se fixe ! Autrement dit, il n'y a pas de couple ! pour être libre, il faut être seul. Donc une action qui est libre et forcément fidèle.

On voit donc que liberté et fidélité ne s'opposent pas. En revanche, il parait plus difficile de concilier couple et liberté... en tout cas du point de vue des maths. Essayons donc d'explorer d'autres pistes.

Libres comme l'air

Quand on associe amour et liberté, on pense aux couples libres. Qu'est-ce que c'est ? On le définit comme un couple qui ne s'impose aucune règle spécifique à la micro-société qu'ils forment à deux. Il n'y a donc pas d'interdiction du type "Je refuse que tu sortes avec tes potes le samedi soir, tu dois rester avec moi", "Je ne veux pas que tu mates les beaux mecs dans la rue" ou encore "Il est hors de question que tu aies des relations sexuelles avec une autre personne que moi". Toutes ces règles s'ajoutant aux lois morales classiques en vigueur dans notre société ne font qu'accroitre les contraintes sur le couple. Celles-ci visent à rendre le couple plus enfermé sur lui-même, plus fusionnel. A l'inverse, le couple libre veut s'échapper de cet état où les deux personnes ne font plus qu'un pour plus de liberté individuelle. En particulier, les aventures sexuelles extra conjugales ne sont pas exclues.

La fidélité est-elle compatible avec un couple libre ? Un couple libre peut-il durer ? Comme on l'a vu précédemment, le sexe est une composante parmi d'autres de l'amour. La fidélité conjugale au sens commun contredit une part de ce qui fait un couple libre, la non-exclusivité sexuelle. Pour autant, ne peut-on imaginer une forme plus générale de fidélité qui ne s'oppose à la liberté d'un couple ? Si on revient au sens plus philosophique de la fidélité, on remarque que ce concept ne rime pas forcément avec exclusivité. Par exemple, on peut être fidèle à plusieurs amis à la fois. Par contre, la fidélité est plus synonyme de constance dans les idées, les affections, l'attachement. Cela convient parfaitement à définir un couple qui dure, et n'a pas à occasionner de privation de liberté particulière. On peut vivre une relation amoureuse fidèlement tout en continuant à côtoyer ses amis, en ayant d'autres relations. Fantasmer sur le pantalon moulant les fesses musclées du facteur ne signifie pas que je n'ai plus envie de faire l'amour avec mon conjoint. Avoir un coup d'un soir avec une sympathique infirmière ne remettra pas en cause toute l'affection et la complicité que je partage avec ma mie. Partir deux semaines en vacances avec mes potes ne chamboulera pas nos engagements de vie bâtis sur le long terme. Toute liberté individuelle peut se combiner à une vie de couple. Le tout est d'arriver à les agencer correctement et les contrôler pour qu'ils n'empiètent pas sur le bon déroulement de la vie amoureuse : il ne serait pas question de passer toutes mes soirées à regarder le foot entre amis pendant que chérie se tourne les pouces après la vaisselle, ni de mater outrageusement le décolleté d'une pompière par dessus l'épaule de ma compagne qui m'embrasse tendrement, ou encore de sortir en courant d'un repas en amoureux pour me jeter dans le lit de la serveuse... Mais avec un peu d'organisation, un couple libre et fidèle est tout à fait envisageable.

Thème et variations

Cela va sans dire, mais ça va mieux en le disant : il y a une infinité de façons d'être un couple. Pour ceux qui auraient choisi la vie à plusieurs, il reste encore à trouver le mode qui leur conviendra le mieux. Notre société nous dicte une vision assez limitée du couple, et même oserais-je dire austère, bien qu'elle se soit considérablement élargie depuis les fameuses années 68, et même avant, quand l'adultère était puni par la loi : depuis le schéma familial "traditionnel" où le couple hétérosexuel se forme jeune, se marie rapidement en acceptant devant le maire de se devoir mutuellement "fidélité" pour fonder un foyer jusqu'à la mort avec une maison, un lit conjugal, quelques enfants, certaines choses ont évolué. Le mariage n'est plus automatique ; faire lit, chambre ou appartement séparé désintéresse petit à petit les commérages du quartier ; l'adultère (autrefois toléré pour l'homme, criminel chez la femme) continue d'exister mais les moments de faiblesse du couple sont plus assumés (surtout quand on n'a pas auparavant crié sur tous les toits que "c'est pour la vie") ; la monogamie naturelle est remise en question (sommes-nous vraiment faits pour vivre en couple avec une même personne pendant 50 ans ?), ce qui se traduit par des divorces plus aisés, des contrats d'union tels que le PACS plus faciles que le mariage à faire ou défaire. De cette ouverture des mÅ“urs se déclinent de multiples façons de vivre sa vie amoureuse que la société commence à accepter.

D'abord accepter que l'amour ne soit ni évident ni éternel pour tout le monde, que les unions puissent se faire et se défaire ; qu'elles puissent concerner des personnes de même sexe ; que l'amour et la sexualité n'ont pas pour seule finalité de faire des enfants ; que celle-ci puisse se vivre sans amour, et inversement ; qu'un couple puisse être heureux et fidèle sans exclusivité sexuelle ; qu'une personne puisse être amoureuse de plusieurs personnes à la fois (cela s'appelle le polyamour), qu'une autre soit heureuse sans aucune vie conjugale ni engagement sur le court ou long terme, vivant d'amitié et de toute autre chose.

Ensuite, chaque individu souhaitant une vie amoureuse est libre de se positionner parmi un large éventail de possibilités. En ce qui concerne la vie sexuelle, deux chemins bien distincts se dessinent, suivant que l'amour lui soit nécessaire ou pas pour exister. La fidélité se concrétise alors selon le modèle que le couple se sera élaboré. Une femme serait bien tristement fidèle si elle ne pouvait s'empêcher de penser à son jardinier quand elle fait l'amour avec son unique amant de mari. En revanche, une personne qui aurait des aventures extra-conjugales sera beaucoup plus fidèle si ses actes ne vont pas à l'encontre des engagements pris dans son couple.

Certains répondront que de tels couples n'existent pas; qu'ils se mentent à eux même et qu'ils ne sont pas vraiment amoureux. Est-il vrai qu'une personne amoureuse ne peut avoir de désir que pour l'élu(e) de son cÅ“ur ? Certains ne souhaiteront peut-être pas se priver du plaisir de séduire toute leur vie, de faire de nouvelles rencontres sexuelles après avoir rencontré l'homme ou la femme de sa vie, parce que cela les enrichit personnellement ou tout simplement leur procure du plaisir. Souvenons nous du vieux couple de philosophes J-P. Sartre / S. de Beauvoir qui s'autorisait des "amours contingentes"[2] pour améliorer leur connaissance du monde et la reverser dans leurs Å“uvres gravitant autour du leur qui lui est vécu comme "nécessaire". On peut donc imaginer que l'exclusivité sexuelle trahisse le fond de certaines personnalités, donc leur amour.

En revanche, beaucoup pensent que l'inverse trahit le couple, ou tout du moins le met lourdement en danger. Prend-on un gros risque de briser son couple dans les relations extra-conjugales ? La peur évidente que l'autre "trouve mieux ailleurs" est facilement transposable aux autres fondements de la relation amoureuse. Dans n'importe quelle rencontre amicale, le risque de rencontrer quelqu'un avec qui l'on partage une plus grande complicité, un humour plus proche, des passions communes... est du même ordre de grandeur que celui d'expérimenter une plus grande cohésion sexuelle avec une autre personne. Cela conduit une fois de plus à relativiser son jugement quant au "crime" d'adultère.

Conclusion

Il y a dans notre société occidentale un modèle de couple qui, comme toute règle culturelle, est difficile de dépasser quand on en fait partie. Le but n'étant pas, tel le rebelle en puissance, de systématiquement briser les lois et faire tomber les tabous, mais de mettre le doigt sur un phénomène universel qui est vécu chez nous comme un péché : l'infidélité sexuelle. Si cette règle morale a pu avoir une utilité sociale assez évidente tant que la contraception était difficile à mettre en Å“uvre, il me parait légitime qu'elle soit remise en cause aujourd'hui tant elle a pu et continue de conduire à des frustrations, mais aussi à en ce que je vois comme un mensonge collectif. Frustrations chez les personnes qui luttent contre leurs désirs pour respecter les lois, détournement du sens du mot fidélité dans notre éducation où l'on fait croire à la fois que l'amour n'est fait que de sentiments et qu'une histoire de fesses peut irrémédiablement le remettre en cause ; où finalement la jalousie et la possessivité deviennent une vertu.

Néanmoins, il n'est pas non plus question ici de dicter un nouveau modèle de couple. Il parait raisonnable qu'une proportion importante (peut-être la majorité) d'individus ne voient aucun intérêt à avoir une relation sexuelle avec une autre personne que leur compagne ou compagnon officiel. La définition courante de la fidélité n'affiche alors pas de contradictions. Cependant il semble juste de ne pas oublier l'autre moitié non moins négligeable de la population (4 à 8% des enfants français se révèleraient, après un test ADN, ne pas être descendant du père de famille), très largement décrits et racontés en littérature ou au cinéma, mais qui dans la vraie vie sont légèrement en dehors du moule social et s'exposent aux jugements de leurs prochains. Il s'agit donc surtout d'élargir le champ de tolérance de notre environnement à propos d'une façon de voir la fidélité autrement qu'à travers la sexualité ; pour que la fidélité ne se résume pas à l'art de pratiquer l'adultère par la pensée...


A lire également :

Notes

[1] Image tirée du film "The Dreamers - Innocents"

[2] « Sartre se plaisait dans la compagnie des femmes, qu'il trouvait moins comiques que les hommes; il n'entendait pas, à vingt-trois ans, renoncer pour toujours à leur séduisante diversité. Entre nous il s'agit d'un amour nécessaire: il convient que nous connaissions aussi des amours contingentes » (Simone de Beauvoir, La force de l'âge)

mardi 17 août 2010

Rêve et réalité

Le rêve est une évasion nocturne qui nous permet de ressasser certaines idées, ou encore d'expérimenter de nouvelles choses par la pensée. Ceci n'est pas automatique. Selon les personnes, il est plus ou moins faciles de se souvenir de ses rêves. Une bonne technique est de se réveiller juste après. Ainsi, quand on dort comme une masse, on ne rêve pas, ou plutôt on les a oublié dès le réveil.

Cette nuit, pendant un rêve, j'avais envie de faire pipi. Grâce au Ciel (et les draps l'en remercieront), le scénario onirique ne me permit pas d'assouvir mon besoin. Cependant, je me suis senti bien bête, coincé dans un état qui pouvait se résoudre facilement : il suffisait de me réveiller et de descendre aux toilettes. Que le lecteur se rassure, l'histoire se termina ainsi.

Ce qui est étrange, c'est d'être prisonnier d'un rêve (il a duré un certain temps, difficile à estimer quand on dort) tout en étant proche de l'état d'éveil (je sentais bien ma vessie). Ce n'est pas la première fois que je vis de telles choses. Il m'est arrivé, de la même façon, de bloquer pendant mon sommeil sur un processus, une démarche, qui ne se résout pas. Mais le problème dont il est question est tellement flou que de toute façon c'est peine perdue : je ne sais pas ce que je cherche, et en plus je ne le trouve pas. Je me trouve pris dans une sorte d'engrenage indéfinissable d'où ressort une seule perception à peu près claire, celle de la difficulté. Comme une façon de vivre le concept de difficulté sans matérialité, d'une manière formelle.

De la même manière que précédemment, la seule façon de retrouver une nuit paisible fut de me réveiller complètement. Même conscient de dormir mal en me retournant sans cesse dans mon lit, je n'arrivais pas à m'extraire de cette désagréable sensation avant de me dire concrètement : je me réveille, j'ouvre les yeux, et je constate qu'il n'y a pas de quoi se prendre la tête.

Certaines personnes arrivent à contrôler leurs rêves. Il m'est arrivé une fois de faire un rêve conscient, en me disant "yeah, je rêve, je peux faire des trucs trop biens". Une autre fois, j'ai acquis cette conscience progressivement : voyant que je pouvais maitriser les objets qui m'entouraient, j'en ai déduit petit à petit que je rêvais. Évidemment, si j'avais le pouvoir de contrôler chacun de mes rêves, les désagréments présentés plus haut ne m'arriveraient plus. Hélas, à chaque fois c'est la même chose, même dans un rêve qui flirte avec la réalité : ça peut durer suffisamment longtemps pour gâcher la nuit à jamais.

Ca me rappelle quand Chris était resté bloqué sur son lit, réveillé (conscient) mais paralysé (les muscles n'étaient pas en mode réveil). La vie nocturne peut nous réserver bien des surprises.

vendredi 25 juin 2010

L'éternité d'abord

C'était un après-midi printanier. La forêt était feuillue, la pente montante et le torrent bruyant. C'est au milieu de ce tableau bucolique que Chris m'annonça alors, presqu'en ces termes : "Nous allons devenir immortels d'ici trente ans ; c'est Kurzweil qui l'a dit."

Oh, chouette alors. J'en rêvais justement. Et Paco Rabanne, il en pense quoi ?

En réalité, c'est presque sérieux. Raymond Kurzweil est un illustre informaticien qui, enfant, a conçu un logiciel qui compose de la musique, puis plus tard a inventé la reconnaissance de caractère, et j'en passe. Par ailleurs, ce monsieur s'essaie à la prévision (avec visiblement un certain succès sur les vingt dernières années) et tente d'imaginer où en seront les technologies de demain.

Et en particulier, il se pourrait, d'après lui, que la médecine permette de guérir n'importe quelle maladie et stopper le vieillissement cellulaire dans les années 2040. En tout cas, l'homme (né en 1948) semble y croire fermement, puisqu'il espère vivre jusque cette époque fatidique à coup d'oligoéléments et de régimes draconiens. Mais arrêtons là les considérations techniques qui dépassent mon intelligence non artificielle (see Chris for more details), et rêvons un peu. Que se passera-t-il dans trente ans, quand les nanotechnologies nous sauveront de n'importe quelle maladie horrible, répareront nos rides affreuses, nos peaux burinées par le soleil et nous redonneront la force de nos 20 ans ?

Cette bonne nouvelle constitue tout de même un fardeau en moins, un stress évacué. Encore faut-il tenir trente ans. Car même jeune et en bonne santé, on peut toujours se prendre un arbre sur la tronche. Quoiqu'avec cette liberté technique (nos ordinateurs nous feront sûrement à manger, la vaisselle et le ménage), nous aurons tout le temps libre pour améliorer nos compétences intellectuelles et, qui sait, peut-être devenir intelligent.

Encore de nos jours, nous n'avons que peu de moyens d'accéder à l'éternité. La procréation est certainement le plus usité, mais aussi le moins fiable. Déjà, génétiquement parlant, nous ne pouvons reproduire qu'une moitié de nous-même. Et encore, quand on n'a pas trop de gènes récessifs. Ensuite, pour ce qui est des mèmes, c'est encore plus difficile. Même en séquestrant votre enfant pendant 18 ans et en lui récitant tout votre savoir, je doute que cette pratique permette de lui inculquer votre stock de connaissances. Il pourrait même profiter de la nuit pour échafauder un plan de rébellion et s'entraîner à penser l'exact inverse de vous. Alors imaginez si en plus on le laisse aller à l'école : toutes les valeurs que vous vouliez lui transmettre vont se dissiper via tous ses profs gauchos-grévistes qui lui serviront de maître pendant des années, et progressivement votre enfant va s'éloigner de vous, de votre image, de votre personnalité. Lorsqu'il va rencontrer son/sa premier/première copain/copine, vous allez frôler la catastrophe. Il va tomber amoureux, s'ouvrir à une autre personne, une autre vie, et s'entremêler d'une nouvelle existence. A moins de vous adapter à votre futur double et de sortir avec la même personne que lui/elle (ce qui serait tricher), votre processus de reproduction aura totalement échoué. Vous mourrez seul, avec vos idées, vos espoirs et vos doutes de septagénaire, anéantis à jamais.

Heureusement, depuis quelques années, il existe d'autres façons de sauver au moins une partie de vous-même. La technique relativement récente de l'écriture en fait partie. Une lueur de vérité, une idée fulgurante, un coup de génie ? Hop, un papier et un stylo, et c'est noté. Attention de ne pas perdre votre précieux parchemin, ni le brûler. Ou utilisez une technologie encore plus moderne, et enregistrez ça sur un support numérique. Après quelques copies de toutes vos pensées sur clé usb, vous devriez pouvoir tenir au moins quelques siècles. Par contre, qui s'assurera du backup après votre mort ? Un petit conseil : soyez génial. Vos successeurs feront beaucoup plus d'efforts pour vous maintenir en vie. D'une manière générale, préférez créer un truc qui intéresse les gens : résolvez un problème de Hilbert, inventez la télé jetable, racontez la vie d'une jeune fille amoureuse, construisez une tour de 800m, composez une oeuvre dodécaphonique pour marimba, trombone et contrebasse...

Vous en conviendrez, toutes ces pratiques possèdent bien des défauts. Elever un enfant est une corvée pas possible, être génial demande une certaine concentration qui peut nuire à d'autres activités élémentaires. Voilà pourquoi la vie sera plus simple quand notre corps sera immortel. Fini la course pour finir sa thèse à 28 ans, trouver un poste à 31 ans, profiter de la vie jusqu'à 35 ans, accoucher avant 36 ans d'un bébé en bonne santé, l'élever jusqu'à 55 ans, cotiser pour la retraite, vite soigner ses cancers avant de mourir écrasé par un pot de fleur à 65 ans. Nous pourrons enfin nous concentrer sur des choses plus intéressantes : devenir expert de l'oeuvre de Flaubert, un virtuose de l'harmonica et une bête de course en sac par exemple.

Bon, et après ? L'éternité, c'est long, même si notre esprit se retrouve téléchargé dans une machine. Surtout si cette machine sait marcher dans le feu, sauter des barres rocheuses de 500 mètres et apprendre par coeur la biographie de Grothendieck en une milliseconde. Qu'on a eu 1475 copines, qu'on a tout essayé. Sans difficulté, où sera le plaisir ? Sans contrainte, où sera l'intérêt de vivre ?

Heureusement, l'Univers est borné. Tout du moins celui que l'on connaît. Envie d'ailleurs ?

mardi 23 février 2010

Au travail

A l'heure où je bascule très, très progressivement dans la vie active, force est de constater que la notion de travail prend une place centrale dans ma vie. Quand on était petit, on nous disait qu'il fallait travailler pour réussir. Aujourd'hui, j'ai l'impression qu'il faut travailler... tout court.

J'ai le sentiment de subir le diktat du travail. A longueur de journée, nombre de petites remarques s'insinuent pour juger de ma quantité de travail fournie au moment présent, ou durant la journée. Non pas de mon directeur de thèse, la seule personne qui finalement a la légitimité d'en parler, mais de mes congénères se trouvant dans la même situation que moi : rémunérés pour faire un doctorat en trois ans, ou éventuellement pour exercer le métier d'enseignant-chercheur jusqu'à l'age de la retraite.

Notre "métier" se distingue de la plupart des autres de part le fait que nos horaires sont complètement libres. Mis à part les quelques heures d'enseignement qui nous imposent une présence à des horaires bien définis, ou encore notre participation à des séminaires, on remarquera que notre salaire ne prend pas en compte notre temps de présence au bureau. Libre à nous d'effectuer notre travail la nuit, le week-end, au rythme que l'on veut.

C'est sûrement cela que la plupart d'entre nous n'assument pas. La peur de la liberté ? Il en devient très mal vu de profiter de celle-ci pour arriver tard et repartir tôt du bureau. Comme s'il en allait de notre honneur. Pourtant, je vois cette richesse comme un atout dont il faut profiter à fond. Difficile pour certains de ramener la construction d'un pont, ou encore la caisse avec les clients du supermarché, à la maison. C'est le gros avantage des métier purement intellectuels : on travaille où on veut, quand on veut.

Comme toute liberté, cette médaille a un revers. Certains peuvent se laisser déborder par le travail, et devenir incapable de s'aménager des moments de repos. Pour d'autres, ce peut être le contraire : attirés par les loisirs, ils dispensent trop peu de temps à leur travail et celui-ci n'avance pas. Etrangement, c'est le deuxième travers qui semble effrayer le plus, et l'on en vient à observer un comportement pour le moins masochiste : des gens qui s'imposent des horaires de travail, se gargarisent de finir tard leurs journées, alors qu'ils n'en sont objectivement pas obligés.

Certes, tout salaire mérite travail en contrepartie. Mais celui-ci semble prendre une toute autre ampleur dans notre société. Comme si l'homme bon était celui qui travaille. Que le travail était une valeur morale en soi. Tu travailles ? C'est bien. Tu ne travailles pas ? C'est mal. Ce phénomène de mode n'est pas récent, mais a été durement réactivé en cette époque "sarko". Travailler plus pour gagner plus. Et pourquoi faire ?

Personnellement, le but de ma vie est d'être heureux. J'imagine que c'est le cas pour la plupart d'entre vous. Cela ne signifie pas que je vise le bonheur à chaque instant, mais plutôt que je construis ma vie dans l'idée d'optimiser ma quantité de bonheur sur une période assez longue, disons quelques décennies. Le travail ne me parait pas être une brique fondamentale de ce bonheur. Travailler plus ne me rendra pas plus heureux, ni l'impression d'être quelqu'un de meilleur.

Pire, je trouve que cet amour frénétique du travail pousse au vice généralisé. Autour de cette valorisation de l'effort et le culte de la performance se construit une société où la quantité de travail prime sur tout le reste. D'ailleurs, beaucoup de métiers sont rémunérés à l'heure. Comme si une heure de plus au bureau allait faire progresser l'entreprise, ou même l'humanité. Il s'en déduit tout un système qui tend à maximiser le temps de travail sans prendre en compte le résultat obtenu. Nombre de gens perdent leur temps au bureau "parce qu'ils sont payés pour ça" alors qu'ils pourraient rentrer chez eux et s'occuper de leurs proches après avoir terminé leur tache, plutôt que d'errer sur le web ou encore dans les locaux de l'entreprise pour justifier de leur salaire. Hélas, il est plus facile de juger à la quantité qu'à la qualité. J'en viens à penser que tout critère de jugement quantitatif ne peut être que mauvais. C'est d'ailleurs dans cette ligne d'idée que l'année dernière, les chercheurs français se sont opposés aux nouvelles règles d'évaluation de leur travail.

L'énoncé est trivial, et pourtant... tout le monde, loin s'en faut, n'est pas encore convaincu que "ce n'est pas la taille qui compte". Alors qu'on est tellement plus efficace quand on est reposé, frais et dispos... Quitte à devoir produire un certain travail, autant le faire dans des conditions optimales afin que celui-ci prenne le moins de temps possible. C'est pour cela que je n'utilise plus de réveil matin depuis quelques années. Je me couche quand je suis fatigué, je me lève quand je ne le suis plus. Je sais que c'est un privilège dont tout le monde ne peut pas bénéficier. Mais je pense qu'il faut l'utiliser dès qu'il est rendu possible.

De toute façon, l'humanité travaille trop, et surtout travaille mal. Un bon pays est un pays en croissance économique. Est-ce que le PIB est proportionnel au moral des ménages ? Doit-on tout sacrifier pour le "progrès" ? A l'heure où les Hommes ont acquis un savoir technologique certainement suffisant pour nourrir, loger et blanchir toute la planète, certains se tuent au stress pour vendre plus de téléphones portables wifi 4g tactiles que la marque concurrente tandis que d'autres tentent de trouver du riz dans des poubelles pour survivre. On l'a compris, les richesses de la planète sont incroyablement mal réparties, et l'égoïsme primaire animé par notre instinct de survie ne permet pas de changer ça. Et si l'on arrêtait de faire plus, pour faire mieux ?

Il faudrait bannir le mot "travail" pour considérer toute tâche effectuée comme un service rendu. Quel intérêt pour Toyota de produire des voitures dotées de défauts manifestes ? Est-il raisonnable de constater qu'un site de vente en ligne tel que pixmania propose 883 modèles d'écrans lcd différents ? Que la distance moyenne parcourue par les composants d'un yaourt est de 9000 km ? Travailler pour travailler, c'est comme travailler pour amasser de l'agent. C'est souvent inutile, parfois nuisible, et le service obtenu n'est pas à la hauteur de l'énergie dépensée.

Si j'ai voulu être prof, c'est peut-être pour avoir plus de vacances que la moyenne. Mais c'est surtout pour avoir la liberté de transmettre des valeurs qui me semblent importantes, d'éveiller l'esprit critique qui ferait de tout un chacun un citoyen responsable et utile, capable de transgresser les mauvaises lois pour en proposer des meilleures, apte à disposer de la quantité finie d'énergie proposée par la Terre pour améliorer sa vie et celle des autres, à bousculer les habitudes qui nous assènent des vérités qui peut-être ne méritent pas d'exister.

Un jour, mon radiateur électrique est tombé en panne. Pour me réchauffer, j'ai branché et allumé pendant quelques heures un appareil à raclette. On m'a accusé de polluer. Ai-je péché ?

(sources des images : http://www.mediapart.fr et http://www.cequilfautdetruire.org)

mardi 29 décembre 2009

Apprendre

Lors d'une discussion avec Chris, celui-ci émettait l'hypothèse que l'apprentissage des mathématiques pourrait se révéler plus simple pour l'élève si on commençait tout de suite par des généralités plutôt que des cas particuliers. Voyons ce que nous pouvons dire.

Déjà, qu'est-ce que cela signifierait ?
Pour reprendre la discussion, il s'agirait, par exemple, d'introduire la notion de groupe, puis d'anneau, au lieu de proposer et expliquer l'addition sur les nombres, puis la multiplication. En effet, à l'école primaire, nous apprenons ces opérations, puis les combinons pour par exemple développer une parenthèse : 3 fois (5+7) = 3 fois 5 + 3 fois 7 = 15 + 21 = 36 : voilà un calcul qu'un enfant de CE2 doit savoir faire. Cela suppose une opération formelle de l'esprit : enlever les parenthèses, et faire agir le 3 sur chaque nombre de la somme dans la parenthèse, en se convainquant qu'il est équivalent de faire 5+7=12, puis 3 fois 12 = 36. Cette opération nécessite un apprentissage, puisque certains enfants ne la comprennent pas instantanément, d'autres n'arrivent pas à l'appliquer à un nouvel exemple, sans compter ceux qui se demandent si les deux méthodes conduiront au même résultat. Est-ce plus difficile de dire : soit a,b,c des éléments d'un ensemble A : sachez que a fois (b+c) = a fois b + a fois c, ou A est l'ensemble des nombres entiers, mais ça marche aussi pour d'autres ensembles A. Une fois cette règle apprise, appliquez donc la à l'ensemble des nombres entiers, puis à d'autres ensembles que nous découvrirons plus tard.

Autrement dit, quitte à introduire une difficulté formelle, autant l'appliquer au cas le plus général possible puisque cela ne transforme pas cette difficulté, et qu'elle va largement englober ce que l'on voulait apprendre au départ : additionner et multiplier des nombres. Ce serait bien plus efficace. En suivant cette logique, nous pourrions instaurer le programme de mathématiques de 1ère année de fac sur plusieurs années de primaire et collège, puisque celui ci définit les objets mathématiques dans un ordre logique : on définit des ensembles, des opérations sur leurs éléments... et ça marche en particulier pour les nombres (programme de primaire, secondaire). CQFD.

Ce questionnement didactique oublie néanmoins une part importante du problème d'apprentissage. Si cette méthode semble résoudre l'aspect des capacités de cognitives (être physiquement capable d'apprendre), elle ne fait pas état de la deuxième part implicite du contrat : vouloir apprendre. C'est la première chose que l'on peut rétorquer à cette méthode : est-ce qu'un enfant de 7 ans a envie de manipuler des symboles mathématiques (des lettres et des signes) qui n'ont aucun lien avec ce qu'il connait déjà ?

Je pense que tout apprentissage doit se baser sur des choses concrètes.
Je vois au moins deux raisons à cela. Reprenons l'exemple précédent : est-ce qu'un enfant de 7 ans a envie de multiplier des lettres, quel sens cela a-t-il pour lui ? Peut-il vérifier par la pratique ce fait établi qu'on essaie de lui inculquer ? Par ailleurs, comment peut-il avoir l'impression de faire quelque chose d'intéressant si cela lui parait totalement irréel, vide de sens ? Il ne suffit pas d'énoncer des règles du jeu quelles qu'elles soient, il faut qu'elles paraissent logiques. Additionner des nombres comme l'on compterait des billes dans un sac, c'est logique. Constater que cette régle de distributivité (enlever les parenthèses) revient à organiser les billes en paquets, c'est compréhensible pour un enfant de 7 ans. Appliquer des lois d'opérations internes à des éléments d'un ensemble A muni d'une structure d'anneau (addition, multiplication, distributivité des deux opérations), pour lui c'est absurde, car cela n'a pas de lien avec son monde réel.

L'apprentissage doit donc partir d'une question de bon sens. Pour donner du sens aux choses, même les plus formelles, il faut nécessairement les appuyer sur quelque chose de concret. Tout apprentissage est une couche que l'on superpose à une couche de savoir dit "concret". Aux premiers instants de sa vie, l'enfant possède peu de choses dans son champ concret. Celui-ci va se construire par le biais de ses sens : toucher, identifier des formes, des textures ; écouter, reconnaitre des voix, des bruits de porte, des mélodies ; gouter, apprécier le goût de la pizza, etc... Il va discerner les objets, les dénombrer. Une fois ceci incorporé dans son champ de réalité, il va en déduire (avec l'aide d'adultes) le concept de nombre, puis d'addition, puis de multiplication. Après avoir exercé ces concepts, il va multiplier des nombres aussi facilement qu'il jette des petits pois à la figure de ses parents. Additionner des nombres, les multiplier, tout ceci va devenir pour lui naturel, concret. Il va dès lors être en mesure de faire des choses plus compliquées avec son nouveau savoir : généraliser l'opération sur les petits nombres avec des nombres avec beaucoup de chiffres (poser une addition), faire la même chose sur des nombres à virgule, des fractions, etc... autrement dit, ajouter une couche de formalisme à son savoir, augmenter son degré théorique.

Tout réside dans la superposition progressive des couches de savoir.
Chaque nouvel étage de savoir se positionne sur un étage dit concret. Concret ne voulant pas dire réel. Un savoir est dans le domaine du concret quand il est manipulé avec aisance, qu'il fait partie de notre vie. Suivant la personne concernée, ce peut être des choses très théoriques, comme utiliser un produit scalaire sur un espace euclidien, ou encore très peu, par exemple changer de vitesses sur une voiture, ou bien communiquer en envoyant un email. Tout ceci nécessite une phase plus ou moins longue d'apprentissage, met en jeu des formalismes plus ou moins avancés. Mais une fois qu'ils sont appris, ils deviennent concrets, et permettent d'y ajouter de nouveaux savoirs : généraliser sa dextérité sur les produits scalaires euclidiens aux produits sur les espaces de Hilbert, descendre un col à 150 km/h en double débrayant dans les épingles, ou encore communiquer en partageant une vidéo youtube sur facebook.

Cet aspect est bien visible en mathématiques : on formalise, on s'exerce sur les nouveaux concepts, on apprend, et ça devient concret. On en rajoute une couche, et ainsi de suite. Le domaine des mathématiques est particulier parce que la pyramide de savoir est concentrée sur une petite base, mais est très élevée, ce qui peut rendre les choses moins accessibles. Plus on est haut dans la tour, plus le degré de formalisme est élevé. Or la compréhension d'un étage nécessite celle de l'étage inférieur. Il faut donc nécessairement partir du rez de chaussée, d'autant plus lointain du sujet qu'on était haut dans le bâtiment du savoir. Ca ne veut pas dire qu'il n'y a rien de concret en mathématiques, cette notion est juste relative. Quand on observe des chercheurs en mathématiques discuter à table, ils parlent aussi bien de leur nouveau théorème que du frigo qu'il faut absolument remplir de bières ; c'est pour eux aussi réel et important. Chaque étage devient un rez de chaussée relatif à l'habitant, et c'est irrévocable : on ne peut que s'élever. Le travail de l'enseignant est d'être capable de reparcourir le chemin dans l'autre sens, autrement dit de retourner en sous sol, d'être capable d'identifier l'étage où se trouvent ses élèves, puis de trouver le bon escalier qui reliera les niveaux.

Alors pourquoi y a-t-il autant de difficultés à enseigner les mathématiques ?
Cette matière a toujours eu la réputation d'être difficile, car trop théorique. En vertu de ce que l'on vient de dire, c'est vrai et faux à la fois. Théorique, oui : la pyramide est élevée, et le savoir s'agence exclusivement sur une direction verticale. Par contre, en appréhendant le problème de façon progressive, comme est censé le faire le système éducatif, cette difficulté disparait. Il n'est pas difficile d'aller haut si l'on ne veut pas sauter deux étages à la fois, il suffit d'y aller lentement. Le tout est de convaincre l'élève que ce qu'il fait est concret, alors qu'il est certainement aveuglé par l'intitulé de la matière qui lui donne la conviction irrévocable que c'est trop théorique, trop difficile, et qui donc l'empêche de voir que son niveau de concrétude n'est qu'à l'étage inférieur, donc accessible. Pourtant, nous sommes tous doués de capacités de formalisation (c'est-à-dire monter d'un étage), car nous le pratiquons tous, en mathématiques ou ailleurs. Internet en est un exemple fort. Il n'y a rien de moins réel, de moins palpable, que d'envoyer un mail, lire un flux rss, partager des images via une communauté imaginaire, tout bêtement "aller sur internet". On va sur internet comme on va à carrefour (on utilise le même verbe issu du degré 0 de concrétude, aller, mouvoir son corps d'un point à un autre), alors que ces deux opérations n'ont pas le même degré de formalisme. Internet, comme les mathématiques, est un domaine ou les couches de formalisme (donc de concrétude) s'empilent allègrement. Sauf que pour internet, nous y arrivons tous... ou presque : c'est beaucoup plus difficile pour ceux qui prennent le train en marche, comme ceux de la génération de nos parents. Tandis que nous avons ajouté tranquillement des couches de savoir informatique de notre côté par une utilisation régulière et motivée, alors que nos capacités d'apprentissages étaient mobilisées à l'école, il a été proposé à la face de nos "anciens" une pyramide de savoirs déjà élevée, d'autant plus difficile à escalader que ces derniers étaient habitués de par leur age à se situer à une altitude de concrétude déjà confortable sur d'autres plans (conduire une voiture, faire des mathématiques, analyser des Å“uvres littéraires, manipuler le code pénal par exemple). Il faut donc repartir de zéro.

Il se dessine alors le rôle fondamental de l'apprentissage des mathématiques dans la société.
Ces maths inutiles, abstraites, trop difficiles à comprendre, sont non seulement des savoirs aussi accessibles que les autres, mais également fédérateurs d'un parfait entraînement pour grimper les étages de formalisme qui constituent n'importe quel domaine de savoirs. Toute science est une juxtaposition de formalismes (classification des êtres vivants, comparaisons d'œuvres artistiques, Internet, organisation de la société...) qui nécessite la définition de concepts, un vocabulaire propre, l'apprentissage de relations logiques entre ces concepts, outils pour en construire de nouveaux et former des structures fonctionnelles (écosystèmes, champ lexical, réseaux sociaux, syndicats...). La géométrie exclusivement verticale de la pyramide de savoirs mathématiques rend cette discipline incontournable de par l'excellent exercice qu'elle propose. Il faut donc désacraliser cette matière aux yeux des gens, d'autant que la pyramide présente en réalité de nombreux raccourcis et escaliers dérobés qui permettent d'avoir un bagage mathématique satisfaisant sans efforts surhumains.

A l'heure où la technologie progresse de plus en plus rapidement et que les facultés d'adaptation deviennent indispensables sur le marché du travail, il parait de plus en plus nécessaire d'avoir et garder l'entrainement du "monté d'étage". En effet, les taches à faible degré de formalisme sont de plus en plus souvent exécutées par des machines, dont l'usage nécessitent quant à elles un degré plus élevé.

La quantité de savoir humain augmente de façon exponentielle. Les techniques d'apprentissage progressent aussi, mais certainement moins rapidement. Les recherches en didactique évoluent dans un univers des sciences humaines encore obscur et appesanti par l'inertie des traditions. On le voit, pour pallier à ce fait la durée moyenne des études tend à se rallonger. Le jour où la norme sera de faire 5 thèses avant de travailler, il faudra envisager de nouvelles bourses d'études prenant en compte le nombre d'enfants à charge des étudiant(e)s... Il nous faudra aussi vivre plus longtemps !

lundi 21 décembre 2009

Vente liée

Savez-vous ce qu'est la vente liée ? C'est une pratique commerciale abusive qui impose au client par l'achat d'un produit d'en payer un autre de nature différente dont on n'a pas forcément besoin.

L'exemple type est celui du logiciel Windows sur un PC. Comme chacun sait, il est difficile d'acheter un PC tout fait, neuf, sans acheter une licence Windows avec. Or ceci est illégal. De ce fait, certains constructeurs vous proposent de vous rembourser (40€ environ) a posteriori le logiciel préinstallé que vous ne voulez pas à condition de renvoyer votre machine au constructeur pour qu'il vous le désinstalle. Bien sûr, c'est une démarche tellement amusante que seuls les plus acharnés ont le courage de la tenter, sûrement les mêmes personnes qui utilisent les bons de réduction de 40 centimes sur le paquet de sucre dont on peut bénéficier à condition d'envoyer son RIB au tarif lent avec une lettre demandant le remboursement des frais d'envoi.

Il est vrai qu'un ordinateur sans système d'exploitation, c'est un peu une voiture sans pneus : il manque quelque chose pour la faire fonctionner. Néanmoins, la loi est claire : imposer l'achat d'une licence Windows, c'est comme si Renault vous obligeait à assurer votre nouvelle voiture à la Macif. Par ailleurs, il y a des milliers de raisons de ne pas vouloir acheter une licence Windows ; être étudiant en est une bonne, surtout quand on bénéficie à ce titre des licences gratuites. Dans ces conditions, ça ferait mal aux fesses de dépenser, ne serait-ce que 10€, pour avoir windows vista avec works et un antivirus pourri.

C'est un peu ce qui s'est passé aujourd'hui quand je me suis renseigné pour acheter un PC de marque Dell. Sur l'outil de personnalisation avant achat, vous pouvez rajouter un écran, changer la souris, upgrader à Windows Vista edition Or Massif pour 110€ supplémentaires, mais pas mettre Ubuntu, ou rien du tout, ou même Windows 7. Ca sent donc l'arnaque à plein nez, d'autant qu'on doit aussi se taper Works et un antivirus, tous des logiciels payants, et pourris de surcroît, qu'il est impossible de supprimer de la configuration.

Fort de mon expertise, j'appelle les conseillers commerciaux Dell pour avoir des précisions sur ce sujet. Au premier essai, je tombe sur un gars qui avait autant envie de vendre des pc que moi de passer l'aspirateur : il me répond avec des blancs de 30 secondes (très agréable au téléphone), ou avec un "non c'est impossible ; je peux vous désinstaller Works, mais ça fera pas baisser le prix". Après un deuxième essai l'après midi, j'obtiens un entretien plus convenable, assorti de quelques phrases qui traduisent la même idée : ils ne peuvent pas enlever Windows. Et pour la procédure de remboursement (qui est même précisée dans leurs conditions de vente), il faut passer par un autre service, bien évidemment. Autrement dit, je peux aller me faire voir.

Rien que pour le plaisir de lutter contre ces pratiques hautement malhonnêtes, je relancerai mon devis chez Dell demain, en rappelant au pauvre technicien que les pratiques de son entreprise sont clairement illégales.

Si j'avais que ça à faire, je leur ferais un procès... et je gagnerai !

plus d'infos sur www.racketiciel.info

dimanche 13 décembre 2009

Massilia

Nous sommes dimanche, et ainsi se clôt une semaine incroyable, majestueuse, dantesque, je dirais presque : awesome.

En effet, j'ai passé la semaine à Marseille, ou plus précisément à Luminy, dans le but de suivre quelques conférences ayant plus ou moins trait avec mon sujet de thèse. J'étais logé au cœur des calanques, dans un centre de rencontres mathématiques qui, pour parfaire ce cadre naturellement accueillant, propose un mini complexe hôtelier afin que les congressistes s'y sentent comme dans un cocon de soie parfumée à la lavande, tilleul et jasmin.

Ayant sûrement été déclaré "simplet de la semaine", je me suis vu confier le numéro de chambre le plus élémentaire qui soit : la 111. Acte purement gratuit de la part de l'organisation, puisque cette petite attention à mon égard ne m'aida pas à augmenter mes capacités de compréhension durant les exposés (et je peux le prouver), ni ma fluidité naturelle en anglais (les participants représentaient très mal mon identité nationale).

Mais qu'importe, laissons tomber les futilités et mettons en valeur l'évènement central de la semaine : la bouillabaisse du jeudi soir. Tout simplement awesomiesque. Soupe délicieuse, croutons à tomber parterre, j'ai failli croire que le plat s'arrêtait là avant qu'arrive un gigantesque présentoir sur lequel s'étalaient langoureusement une bonne dizaine de gros poissons entiers. Moment ultime dans ma vie de pauvre pécheur, puisque je gardais en image de cette spécialité locale non pas la bouillabaisse de Roland (place du Mistral), mais une assiette honteuse qui me fut servie un jour dans un restaurant marseillais, où flottaient d'un air fécal quatre petit morceaux de poissons, dont un au gout douteux et rempli d'arêtes.

J'ajouterais bien que les autres repas étaient à l'image de celui que je viens de vous conter (les quantités gargantuesque en moins), ou encore que j'ai passé la la semaine en tshirt, loin du blizzard grenoblois, si mon discours n'avait déjà pas dépassé les limites de l'indécence.

C'est le moment de vous signaler que j'ai également vécu un des évènements de ma vie les plus choquants. En effet, j'y ai aussi dégusté une des plus somptueuses raclettes de ma vie, servie sur les appareils dignes de ce nom (rappelez vous, à l'époque, la vraie, on raclait la raclette) par un moustachu en toque blanche, "avé l'accent". J'ai peut-être un taux de gourmandise élevé, mais j'ai une morale, moi monsieur/madame. Pour le savoyard pur souche que je suis, un natif de Chambéry, un homme de la montagne, emprunt des plus pures traditions alpines, venir à Marseille pour voir ça c'est calomnieux, honteux. Indigne. Grotesque.

lundi 9 novembre 2009

Frustration

Voici un discours de Nicolas Sarkozy qui ne sera peut-être jamais diffusé. Profitez-en.

Mesdames, Messieurs, chers Amis. Nous sommes réunis aujourd'hui autour d'une question centrale à mes yeux, sur le thème de l'éducation. Je me rappelle d'un temps où les programmes scolaires étaient limpides, leur instruction par les maîtres d'école tout autant. Incarnant l'autorité selon un schéma élève / professeur évident, il déployait un savoir certain à des enfants qui savaient apprendre, qui voulaient apprendre, afin d'accumuler les connaissances nécessaire dans le but futur de savoir faire quelque chose de ses mains, de sa tête : d'avoir un métier.

Aujourd'hui, les choses ont changé, les mÅ“urs ont changé, les mentalités ont changé. Alors certes, nous ne vivons plus dans le même monde : les cités, internet, la crise... mais est-ce une raison pour manquer de respect à son professeur ? d'envoyer des sms pendant les cours ? de ne plus apprendre ses leçons, et d'attendre béatement que le niveau des programmes baisse afin de pouvoir légitimement passer dans la classe supérieure ? Et après qu'est-ce que vous obtenez, un jeune bachelier, qui va peut-être continuer ses études, qui va peut-être chercher un travail... mais qui sait faire quoi ?

Tiens par exemple, prenons le jeune Nuène, bientôt bac+8. Il claque sa porte sans ses clés, et il se retrouve, pardonnez moi l'expression, un peu couillon dehors, sans savoir que faire pour rentrer chez lui. Alors il a beau avoir son bac, donner des coups dans sa porte, gratouiller bêtement le bord de la serrure avec une carte moneo, ce n'est pas comme ça qu'il a pu rentrer chez lui ! Alors bien sûr, il sait tapoter sur son portable, ça y'a pas de problème ! C'est toujours ça de gagné, il a pu faire venir un serrurier. Pour 60€, un petit coup de papier et c'était ouvert. A ce prix là, il aurait pu observer son maître, apprendre la manipulation pour la réexécuter plus tard. Pensez-vous ! Quand on n'a jamais rien appris dans sa vie, c'est pas à 25 ans qu'on peut s'y mettre. Voilà où nous mène la déchéance du système scolaire actuel. Après des dizaines d'années passées (soit disant) à l'école, ces jeunes ne savent rien faire, pas même les choses les plus basiques.

Alors qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? Est-ce que je dois laisser faire ça les bras croisés ? Vous savez, j'ai pas été élu pour regarder les mouches voler en souriant. Les Français attendant des changements, les Français attendent des réformes, et c'est de mon devoir d'y répondre. C'est pourquoi mesdames et messieurs, chers amis, je vais lancer le Plan Savoir. Et moi, je vous le dis, ce Plan Savoir, on en fera une réussite, et j'espère de tout mon cÅ“ur qu'après le Plan Savoir il y en aura un deuxième, puis un troisième. Vous savez, l'ignorance et le savoir, ce n'est pas un problème de gauche ou de droite, d'opposition ou de majorité, c'est une question de bon sens, de réflexion. A quoi sert l'action publique ? L'action publique sert à lutter contre des fléaux de cette nature.

Je vous remercie.


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